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Photographer's Note

On ne peut pas, à proprement parler, dire que la réalisation d'un mandala est un art...
Art sacré conviendrait-il, pour désigner ce qui est tout un rituel, et dont la charge, lourde de symboles, est spirituelle avant d'être esthétique?

D'abord, qu'est-ce qu'un mandala?

C'est un élément primordial du bouddhisme tibétain dont les plus anciennes réalisations connues remontent au XIe siècle.

Pour le décrire à quelqu'un qui n'en a jamais vu ni entendu parler, on pourrait dire simplement que ça se présente sous la forme d'un rond, dans lequel figure un carré; le tout, en général peint sur tissu, comprenant toutes sortes de motifs de couleurs variées; toute forme et toute couleur ayant sa raison d'être, toujours très symbolique.


Que le cercle représente le ciel, le mouvement.
Et le carré qui se trouve à l'intérieur du cercle, la terre, la stabilité.

Mais c'est une description très insuffisante qui laisse beaucoup de choses de côté.

Impossible de passer sous silence le fait que du centre, partent quatre "branches" en forme en T dans les quatre directions cardinales. Et que le mandala dans son ensemble (le centre et les quatre directions) est donc basé sur le nombre 5. Que celà correspond à cinq principes, ou cinq sagesses.

A celà sont associées des couleurs qui représentent les éléments :

le blanc/l'espace
le bleu/ l'eau
le jaune/la terre
le rouge/le feu
le vert/le vent

Mais tout ceci est très réducteur.



Certains mandalas réalisés par les moines bouddhistes à des occasions particulières, ne sont pas peints mais réalisés en sable. Il s'agit en fait de pierres concassées puis reduites en poudre plus ou moins fines qui sont entreposées de façon très précise, de manière à former les motifs souhaîtés avec plus ou moins de relief. Les outils rituels utilisés pour la réalisation de ces mandalas de sable sont des "chakpur". Ce sont des outils coniques en métal, un peu comme des pipettes, ou de fins entonnoirs, de différentes tailles, selon la finesse des sables utilisés. Une fois le sable introduit à l'intérieur, d'un geste répétitif, l'officiant fait vibrer son "chakpur", à l'aide d'une tige en métal ("shinga"), qui fait glisser peu à peu les grains... C'est donc un travail très lent et minutieux, qui requiert beaucoup de calme, de patience, et de concentration. On comprend aisément, à voir les qualités qu'une telle réalisation exige, que ce soit un excellent support pour la méditation. Et que le travail manuel ait une grande portée spirituelle.


Il se trouvera sans doute un petit malin, pour faire remarquer, avec une pointe d'humour noir, que ce moine tibétain, est en ombre chinoise. Certes. L'histoire récente du Tibet est assez éloquente sur ce point.

Le choix de prendre la photo en contre-jour peut paraître singulier mais il me semble que celà donne davantage de relief aux couleurs et que celà exalte bien les vertus d'humilité des exécutants, qui, malgré toute l'ardeur et la dextérité qu'ils montrent dans ce savoir-faire, s'effacent avec une suprême délicatesse devant l'ouvrage réalisé.

Le mandala, qui profite de leur entier dévouement, est un ouvrage de longue haleine. Celui-ci, déjà bien avancé, demandera encore deux jours pleins d'opiniâtre labeur pour que l'ouvrage aboutisse. En définitive, il aura demandé toute une semaine d'assidue besogne, à trois moines expérimentés.

Courbés sur leur ouvrage, ils ont l'air encore davantage empreints d'humilité. Un court traversin pour soutenir l'abdomen semble n'octroyer qu'un mince confort. Le dos ployé pendant des heures est une véritable astreinte.
On réalise, en les voyant faire, que la discipline exigée, dans cette pratique, est autant physique et mentale que spirituelle.

Une fois le mandala finalisé, il ne reste que quelques heures pour l'admirer. En effet, ce qui a demandé tant de temps et d'efforts, n'est cependant pas prévu pour durer. Durant une cérémonie qui consacre le mandala, avec prières accompagnées de musique rituelle, où résonnent les voix profondes des moines et divers instuments : kangling (trompettes courtes), dungchens (longues trompettes tibétaines), tambour lak-ngga et cymbales, le mandala est dissous.

C'est à dire que le sable qui constitue le mandala est dispersé, pour ne plus constituer qu'un mélange informe et incolore, que l'on rassemble ensuite pour le rapporter dans sa demeure d'orgine : la nature.

Les moines partent en procession, jouant toujours de la musique, et portant l'urne qui contient le sable juqu'au lieu choisi, où se déroule une nouvelle cérémonie avant que le sable recueilli ne soit dispersé.

Le lieu choisi pour répandre le sable est en général une rivière, où le sable sera répandu et pourra continuer sa route vers l'océan, porteur des souhaîts de paix et d'harmonie que les moines n'auront pas manqué d'y associer.

La dissolution du mandala symbolise l'impermanence des choses.


Le titre de cette photo, est une reprise de celui d'un très beau livre de Bernard Tirtiaux : "Le passeur de lumière"; qui conte l'histoire d'un maître verrier du XIIe. Une histoire d'amour avec la lumière raconté avec beaucoup de poésie et de passion. C'est le récit d'un voyage initiatique aussi, car cette quête des couleurs conduit le héros à travers toute l'Europe et au Proche-Orient durant plusieurs années. Et nous entraîne; nous, lecteurs; dans un autre monde, plein de mystère et d'une beauté édifiante. Un livre qui change radicalement notre vision sur l'art du vitrail.

Le titre me semble approprié pour désigner les moines initiés qui donnent vie au mandala, où couleurs et lumière occupent une place prépondérante. Eux qui savent nous conduire, dans une belle traversée, du coeur au bout du monde...

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Additional Photos by Marine Rebillout (eversmile) Gold Star Critiquer/Gold Star Workshop Editor/Gold Note Writer [C: 864 W: 518 N: 1921] (11636)
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